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 Mot de novembre

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Loli
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MessageSujet: Mot de novembre   Mar 6 Nov 2012 - 20:08



Lame

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Rien n'était résolu quand le combat était fini, mais plus rien n'avait d'importance.
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Cabélyst
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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Mar 6 Nov 2012 - 20:20

Loli je t'adore.

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Loli
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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Mar 6 Nov 2012 - 20:30

Je sais, je suis comme ça.
:D

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Loli
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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Mar 6 Nov 2012 - 23:16


Lame. L'âme laminée.
Murmures, crachats, soupirs. Mensonges et trahisons. Soupçons.
Tu courras comme une poupée cassée dans les herbes hautes, les joues giflées de vent et de larmes froides, et tu tomberas parfois sur une pierre dure comme devraient l'être tous les cœurs.
Puis tu mourras, oiseau sanglant, les ailes tranchées par la lame que tu auras toi-même tentée.
Car c'est toujours ainsi que s'achèvent les histoires.

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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Mer 7 Nov 2012 - 0:03

Waw.
Scotchée.
J'adore, les images sont très fortes, ça s'enchaine sans un accroc, c'est implacable.

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Loli
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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Mer 7 Nov 2012 - 12:23

Kyah

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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Mer 7 Nov 2012 - 12:57

c'est superbe. un peu court, mais ts textes ne sont jamais assez long de toute façon. :D

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« WHY SO SERIOUS ? »
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Loli
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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Mer 7 Nov 2012 - 14:18

Merci beaucoup ♥

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Fraisy
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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Ven 9 Nov 2012 - 13:58

Les filles ont tout dit. C'est sublime Loli Lover


Egon


Il y avait ce couteau, là… celui qu’il gardait toujours dans le profil de sa botte droite. Son manche en bois de hêtre avait vécu, mais Egon avait toujours pris soin d’entretenir sa lame. La sueur qui perlait à son front roulait à gros bruit dans le silence palpable de la pièce. Ses mains tremblaient violement, un vertige sans fin s’empara de lui – il tombait dans le néant et l’oubli et la mort et sa peau fondait de rides et de rire et d’alcool et -
Ce n’était pas Lorelei. Lorelei était morte depuis un paquet d’années, il avait même reçu une lettre puante d’officialité et d’hypocrisie où ça disait qu’elle avait crevé d’un cancer ou un truc du même genre – il s’en foutait. D’ailleurs, ça n’avait pas d’importance. Du jour où sa femme était partie, il l’avait rayée de sa vie. Mais cette gamine le fixait d’un regard absent, assise sur le fauteuil de son salon perdu dans le lieu le plus reculé d’Alaska, et elle ressemblait foutrement trop à Lorelei.
- Assis Vasco.
Son berger allemand cessa de grogner sans poser de question, se coucha et sembla s’endormir immédiatement. Il a toujours été con, ce chien. Egon ne pouvait pas détacher ses yeux du visage de l’inconnue, ses pommettes relevées, son menton fin et avancé, ses cheveux noirs et courts, en bataille comme un corbeau battu. Sa peau surtout, basanée comme une métisse qui n’a jamais vu le soleil, attirait son regard – la même peau qu’il lui semblait avoir caressé la veille, il y a des dizaines d’années. Elle n’avait certes pas les courbes abondantes de la défunte, mais la même attitude rebelle et sensuelle et si le vieillard avait pu bander, il serait déjà tombé raide-mort de jouissance – ou de crise cardiaque. Elle devait avoir dix-huit ans, tout au plus. Et c’était comme une apparition, une brume de fumée, un souvenir qui revivait devant lui et qui lui coupait le souffle, lui aspirait les poumons et lui broyait les côtes pour le crever. Il n’était pas encore assez sénile pour croire qu’il s’agissait d’un fantôme, et il ne le serait sans doute jamais. Il avait donc deux solutions. Appeler SOS vieux schnok pour sauver sa vieille peau défraîchie du délire de l’âge, ou se débarrasser du problème. Il ferma son cœur à tout sentiment, et celui-ci se tordit violement comme on froisse l’aluminium – Lorelei. Ça sonnait métallique, un gout cuivré dans la bouche. Il s’était mordu la langue, le sang coulait sur ses lèvres périmées.
Il avait déjà tué. Des tas de fois. Tirer sur la chair fraîche ou guider un couteau sous une gorge lui était devenu aussi familier que respirer au bout de quelques années de guerre. Il avait dix-sept ans quand il avait transpercé le cœur de sa première victime, une jeune fille juive, se cracha-t-il brusquement pour lui redonner un peu de vigueur. Une vierge délicieuse et salie, à mort ! ces petits seins tout rond. Il ne le regrettait pas. Il n’avait jamais pleuré sur ses actes et ne commencerait certainement pas aujourd’hui. Il déplaça son poids sur l’autre jambe. Cinq longues minutes venaient de défiler depuis qu’il avait poussé avec difficulté sa porte d’entrée, et l’apparition avait l’air d’attendre, curieuse, ce qu’il allait faire. Il ferma les yeux avec rage.
Il avait mal au dos. Impossible de se pencher récupérer son arme.
Putain de vieillesse.
« Fichez le camp », grogna-t-il alors en s’avançant avec effort vers le buffet qui contenait son vieux gun déglingué. Ses articulations le faisaient souffrir le martyr, et il jura en s’appuyant sur le rebord d’une chaise. Pitoyable.
Alors la gamine se mit en mouvement. Elle avait les lèvres fermées, le port de tête fier, une certaine nonchalance dans ses gestes sans fioriture. Il remarqua qu’elle était petite en plus d’être si mince et plate, et qu’elle portait un vieux jean déchiré et un tee-shirt sombre. Ses Doc Martens, noir mat, raclaient le sol à grand bruit et étaient dépourvues de lacets. Et ses yeux – Lorelei – plus noirs encore qu’une nuit morte. Elle vint s’asseoir sur une des chaises en bois en face de lui et sortir un ordinateur.
« C’est toi, Egon Hohmann von Festung ? »
Sa voix traînante et basse agaça Egon, mais l’étonnement domina ce sentiment passager. Comme il tardait à répondre, ou bien parce que sa question n’était que purement rhétorique, elle enchaîna.
« - Quatre-vingt-six ans ? Allemand ? Nazi, alcoolique, vieillard hargneux ?
- Ermite », coupa l’intéressé avec plus de force qu’il n’en était capable. Ce qui déclencha une quinte de toux.
Elle lui accorda un bref regard et sourit moqueusement. Elle était foutrement belle, provocatrice, et il n’avait pas la moindre idée de ce qu’elle fichait chez lui. Il s’appliqua à respirer correctement et bifurqua, au lieu du meuble armé, prendre une bouteille de whisky et deux verres. Pourquoi deux ? Il se ravisa en grognant et se servit jusqu’au bord, avec des glaçons. Lentement, il but cul sec, l’alcool coulant parfois le long de son cou en trempant le col de sa chemise qui dépassait de sa doudoune – qu’il n’avait toujours pas ôtée. Alors qu’il s’en débarrassait, elle continua.
« - T’es plutôt en forme pour un cadavre.
-Ah, j’étais mort ? »
Il avait la voix séduisante et charmeuse des hommes auxquels on ne peut dire non, l’ironie perçait derrière les propos avec une froide gaieté. Son ton était parfait, sa technique celle d’un prédateur aguerri, ses gestes assurés. La fille frissonna lorsqu’il lui apporta finalement un verre à moitié plein d’un liquide jaunâtre et froid. Elle avait affaire à un vieillard dangereux qui cachait bien ses sentiments.
« - J’ai mis pas mal de temps pour retrouver ta trace. »
Elle porta le verre à ses lèvres sans quitter des yeux son ordinateur avant de le reposer brutalement avant même qu’il n’effleure sa peau, comme si elle se souvenait soudain d’un détail important.
« - Expert en poison ? Ce n’est pas sur ma liste…
- Moi qui espérait simplement me faire une nouvelle amie ! »
Ses pattes d’oies frétillaient. Ses yeux bleus brillaient comme une nuit délavée.
« - Tu m’as dis que tu étais… ?
- Djinn Jaeger. Non, Djinn Fuchs. En fait, comme tu préfères… dis moi ? »
Egon avait d’abord frissonné ; « djinn », un démon pour l’islam. Il était proche de cette religion, auquel il n’appartenait pourtant pas ; mais il croyait intimement au pouvoir des noms. Il n’avait pas tiqué au suivant, se demandant simplement ce que cette Jaeger voulait d’un vieux débris comme lui.
A Fuchs, il avait perdu connaissance quelques instants.
« - Djinn ? » reprit-il avec heurt, essuyant son front tremblant.
Elle ne dit rien. Elle acquiesça.
Egon éclata d’un rire franc à gorge déployé, les larmes coulant et coulant sur ses joues et tombant à terre. Son front se déridait franchement pour la première fois depuis des années. Il était beau encore, gardant son charme et sa vaillance d’antan, et quand il riait, il semblait encore jeune comme un homme deux fois moins âgé. Ses cheveux gris, très clairs, se soulevèrent dans les airs tandis qu’il levait le menton en dévoilant ses dents entretenues. Ma fille ! Ah, elle n’est donc pas morte cette môme, plutôt en bonne forme même – et elle s’appelle Djinn, tu as toujours su comment m’atteindre Lorelei Fuchs ! C’allait être dur de l’abattre, telle mère telle fille disait-on, et la mère avait toujours été une battante.
« - Tu as l’air d’avoir une gentille famille d’accueil, les Jeager c’est ça? Pourquoi t’es là alors ? »
Assis, il n’eut aucun mal à se pencher discrètement et à s’emparer de son couteau. Il souriait savamment, sachant pertinemment qu’au corps à corps il n’avait aucune chance.
« Et puis visiblement, je ne te plais pas. » ajouta-t-il et glissant une pointe de fausse déception à sa logorrhée.
« - Je suis la pour elle.
- Tu sais bien qu’elle est morte, venir la venger en me tuant n’aura aucun effet sur son précieux équilibre mental. » répliqua-t-il, franchement déçu cette fois-ci.
Elle sursauta en se cambrant involontairement, et même si elle se rattrapa bien vite Egon avait déjà deviné.
« Alors, tu ne sais pas ? » continua-t-il, surpris, « C’est pour ça que tu es là, hein ? Tu ne sais rien de ta mère ? » Un rire bref sonna sans écho dans la pièce. « Toutes mes condoléances », se moqua-t-il en se levant. Il cacha l’arme blanche dans sa manche et se leva prendre le pistolet. Ça ne l’amusait plus.
« - Cette salope n’a donné que mon identité en t’abandonnant ?
- Ouais.
- C’est elle qui t’a donné ce nom, hein ?
- Ouais.
- Je la reconnais bien, cette emmerdeuse.
- Ya rien dans tes papiers sur elle. En fait, tu n’as aucun documents d’aucune sorte dans c’te piaule, ca fait des heures que je fouille. » Elle le fixa intensément.
« - Déballe ton sac.
- Mais très certainement. »
Un bref coup de lame sur le bord du vieux gun décrépi comme sa vieille carcasse en arracha la dernière crasse.
Il se retourna, pointa l’arme entre les deux yeux de sa fille et appuya sur la détente.



(sisi ca a un rapport, ya le couteau et "egon" signifie en allemand "tranchant/bord d'une épée")



Dernière édition par Fraisy le Sam 10 Nov 2012 - 22:41, édité 2 fois
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Loli
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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Ven 9 Nov 2012 - 14:31

Muahaha Kyah Lover Aaah Bisounours Niark Taïault Pleurs O.O

Je reviendrais commenter, promis juré, mais le principal y est.
Et je veux la suite.

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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Ven 9 Nov 2012 - 15:48

Merci ma Loli <3
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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Ven 9 Nov 2012 - 16:14

Bon.
Reprenons sérieusement.

*ses pommettes relevées
*noir mat, les couleurs ne s'accordent pas quand il y a une nuance
*la dernière crasse : crasse ne se divise pas en morceau, c'est bizarre. La dernière couche de crasse ?

J'adore ton texte, je l'adore de fond en comble, des premiers mots au dernier, d'Egon à Djinn en passant par Lorelei, quel nom magnifique putain, quand je pense que je n'ai jamais pensé à l'utiliser alors que j'adore Apollinaire.
Le style est très bien. "Il y avait ce couteau, là..." ou la brusque coupure en fin de paragraphe sont de petites merveilles. Très belle image, ce nuit morte. Ce "mal au dos" en italique pour bien appuyer dessus, ce "Putain de vieillesse." m'ont fait mourir de rire. L'histoire en elle-même est d'une originalité et d'une force renversante, et le salaud qu'on découvre peu à peu en Egon, la jeune fille qui attise notre curiosité dans ses Docs Martens, tout nous captive jusqu'au dernier moment. La chute est vraiment d'une incroyable intensité. C'est remarquable et magnifique, mais j'espère pour toi que Djinn a échappé au revolver. Genre y avait pas de balles, haha. (Même si d'un autre côté j'adorerais qu'elle ait eu une petite faiblesse, et qu'Egon se démerde avec son corps, et qu'il ait une visite juste à ce moment-là, lui, l'ermite. Ce serait excellent mais je ne veux pas que ton héroïne se fasse exploser en deux secondes non plus, faut pas pousser.)

Bref, je n'ai plus rien à dire en fait, parce que j'adore. J'adore j'adore j'adore. Je suis en vénération, et je veux une suiiiite.



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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Sam 10 Nov 2012 - 22:46

Je l'ai lu deux fois tellement que ça remplissais mon amour-propre Bwah Merci <3
Fautes rectifiées ^^ 'Crasse', pour moi il peut y en avoir plusieurs. Plusieurs débris à plusieurs endroits, non ?
Ne t'inquiète pas pour Djinn, elle n'est pas morte bien sûr. Sinon, le roman est à foutre en l'air non ? ^^ (mais j'ai bien pensé à emmerder Egon avec un corps qu'il serait bien incapable de soulever XD il se coincerait le dos en voulant la transporter... niarkniark)
Merci :D
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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Dim 11 Nov 2012 - 0:02

La Maison

Quand j'étais rentrée dans le salon bizarrement mes parents n'étaient pas là. C'était bizarre parce qu'ils étaient toujours là, à cette heure-là. Le parapluie trempé mouillait ma paume. J'aimais pas la sensation de lourdeur qu'il avait. Pas tellement pesant, juste un tout petit plus que ce qui était tolérable. Juste au bord de la folie. J'avais mal à la tête. J'ai appellé : "Papa ? Maman ?". Ils n'ont pas répondu. Pourquoi mon parapluie était-il si lourd ? Comme si un corps étranger, très léger mais pourtant perceptible, s'y était accroché. Comme s'il était gonflé, emplit d'une maladie dégoûtante, cette maladie qui mouillait la paume de ma main. Qui la sucait comme une sangsue gluante. Nauséeuse, j'ai lentement bougé les doigts, pour desserer ma paume du manche dégoûtant de pluie. Mes parents étaient introuvables.
J'ai monté l'escalier pour aller dans la chambre. Il était penché. Je le sentais pour la première fois. Les marches n'étaient pas à niveau. Il y avait quelque chose d'étrange, comme si tout à coup la maison avait changé, et je voyais ce changement. Les angles me parurent soudain faussés ; les murs étaient tous, d'une façon ou d'une autre, un petit peu plus courts qu'il n'était supportable. "Papa ?". Le parapluie lui-même, dans sa présence si pesante, était faussé. Un tout petit peu plus tordu qu'il n'était supportable. "Maman ?". Ils ne répondaient pas.
Comment avais-je pu vivre aussi longtemps dans une maison où la perspective était si diamétralement fausse, sans jamais m'en aperçevoir ? Je ne savais pas. J'avais le vertige. Le sol n'était plus tout à fait droit. Pendant une seconde hurlante, en arrivant en haut de l'escalier, il me semblait que le palier était un tout petit peu plus penché qu'il n'aurait du l'être, et qu'il allait me basculer en bas des marches, me rompre le cou, me désartibuler. Je m'accrochais à la rampe, me poussait vers l'avant, réussi à avancer vers ma chambre. Où était-ils ? Je ne me souvenais plus. Qu'avais-je seulement fait en rentrant ici ? D'où venais-je ? J'étais sortie pour... (?) J'avais posé le parapluie... Non, je l'avais pas posé, il était toujours dans ma main. J'étais allée dans la chambre... Non, pas dans la chambre des parents, dans le salon. Y'avait personne dans la chambre des parents. Personne sauf la maison, la maison faussée et toute penchée et tordue qui faisait semblant de dormir mais qui savait que j'étais là. J'ai poussé la porte de leur chambre.
Ils étaient étendus sans la moindre grâce, pas commes des amants morts ensemble mais deux fous morts égoïstement, qui souffraient trop pour se tenir la main, qui ne se voyaient pas du tout. Le sang était sale, il coulait partout. Je criais, je criais, et tandis que la maison semblait se tordre autour de moi et m'avaler, la lame dégoutante de sang tachait la paume de ma main.

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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Dim 11 Nov 2012 - 0:15

Waw. J'adore. Tu as un style vraiment très puissant. Ton écriture est crue, mais alors que chez d'autres ça me gênerait, chez toi ça m'emporte dans des images très présentes et nettes. Et la manière que tu as de laisser deviner la chute tout en maintenant la tension... Chapeau.

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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Dim 11 Nov 2012 - 0:43

Merci Cabé :D

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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Dim 11 Nov 2012 - 0:53

De rien :)
mais... je préfère Cab' si ça ne te dérange pas ;) Je trouve Cabé un peu bizarre.

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MessageSujet: Re: Mot de novembre   Dim 11 Nov 2012 - 11:59

Fraisy >>> De rien ^^ Et justement, c'est plusieurs débris de crasse, pas plusieurs crasse. On dit "la crasse", "couvert de crasse", "encrassé" mais pas "les crasses".

W. >>> J'aime beaucoup ton texte, il y a une espèce de tension. Comme l'a dit Cab' (j'aime bien Cabé moi 8D), on sent la chute depuis le début mais tu maintiens le suspens jusqu'à la phrase finale. Et puis ton histoire avec la maladie, et la maison, ce vertige étrange, on a l'impression d'une vision déformée, c'est vraiment excellent. J'avais l'impression de regarder un film.

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